C'est vers la fin du XIIIe siècle que, après la mort de Gilles de Voisins, son fils Gilles II termina la construction du château d'Arques que son père avait commencée. Nous en trouvons la preuve dans le contenu d'une transaction faite en 1301 contre ce seigneur et les habitants d'Arques. Aux termes de cet acte, parmi les terres que Gilles de Voisins donnait en emphytéose, il reservait les terres situées autour du château.
La contrée dont nous esquissons l'histoire subit à cette époque une grande transformation. Le roi Louis IX et après lui Philippe-le-Hardi avaient converti en forteresses royales plusieurs châteaux féodaux, afin de protéger contre les Espagnols ce pays-frontière, et aussi afin de tenir en respect les nouveaux maîtres du sol, les châtelains qui étaient pour la plupart des chefs des Croisés enrichis par Simon de Montfort. Plusieurs villes et plusieurs villages furent créés. Les seigneurs imitèrent le souverain. Comme lui ils construisirent de nouveaux châteaux, et ils multiplièrent autour de leurs manoirs les moyens de défense. Etait-ce pour résister, au besoin, aux officiers du roi, ou bien voulaient-ils se prémunir contre la rebellion de leurs vassaux ? Nous pensons que c'est dans ce double but que la contrée se trouva bientôt couverte de châteaux-forts et de villages fortifiés qu'on appela des bastides.
Le seigneur d'Arques suivit l'impulsion, et fut peut-être l'un des promoteurs de cette manifestation de la puissance féodale. Le château qu'il fonda fut un des plus beaux spécimens de l'architecture militaire de cette époque. et il est probable que c'est en s'inspirant du souvenir de l'ancienne forte- resse wisigothe que Gilles de Voisins éleva ce monument grandiose sur les ruines de cette forteresse. Bien que le donjon seul soit actuellement debout avec quelques lambeaux de remparts, on peut se rendre compte du plan général qui avait été adopté.
Le château distant de quatre cents mètres environ du village s'élevait sur un mamelon bordé de trois côtés par des pentes peu élevées, et se reliant du côté du couchant par un terre-plein à la montagne voisine. On remarque la même disposition de terrain pour les autres forteresses wisigothes de la contrée. Ce mamelon est couronné par un plateau assez étendu sur lequel on remarque les ruines de vastes constructions ayant la forme d'un quadrilatère allongé. Du côté du levant et du côté du couchant se dressait une ligne de solides remparts dont une partie est encore debout. Sur le côté nord s'élevaient des bâtiments affectés à divers services. C'est là que se trouvaient les magasins, les étables et tout ce qui se rattachait à l'exploitation du domaine seigneurial. La partie du château faisant face au midi renfermait le logement du seigneur, la chapelle, la salle de justice. Elle se composait d'un bâtiment central et de deux ailes formant chacune une tour carrée. L'une de ces tours a été convertie en maison moderne. L'autre est encore debout, mais inhabitée. Sa partie inférieure est convertie en bâtiment rural ; on y remarque encore une cave voutée en bon état de conservation. Entre les deux tours carrées et au centre de cette façade du midi s'ouvre la porte d?entrée du château qui était défendue par des herses, des machicoulis et un pont-levis. Une autre porte, munie également de moyens de défense, s'ouvrait du côté du couchant.
Un large fossé entourait le château, et était alimenté d'un côté par un ruisseau qui ne tarit jamais et qu'on appelle le Ruisseau du Bosquet, et d'un autre côté par les eaux du Réalsés. Le donjon complètement isolé touchait presque aux remparts du levant auxquels il se reliait par des travaux de défense. Il était séparé par un préau des bâtiments et des fortifications garnissant les trois autres côtés de l'enceinte.
Le donjon qui excite de nos jours l'admiration des archéologues et des touristes consiste en une tour carrée flanquée à chacun de ses angles d'une tourelle ronde reposant sur une élégante corniche comme sur une console. Cette tour aux formes èlégantes et élancées est un des plus beaux spécimens de l'art gothique appliqué à l'architecture militaire. Elle est percée sur plusieurs points de meurtrières et garnie de machicoulis. Quelques fenêtres gothiques à riches encadrements sont percées sur les quatre faces. Le bois, ni le fer n'entrent pour rien dans cette construction qui, sous une forme si délicate, cache une solidité à l'épreuve des ravages du temps.
La porte d'entrée prenant jour du côté du midi est très-étroite et se termine par une ogive aiguë. Elle donne accès dans un rez-de-chaussée d'une seule pièce qui prend jour par cette ouverture. Un escalier à hélice, très- étroit au point de ne donner passage qu'à une personne, s'enroule dans une des tourelles et dessert les deux étages de l'édifice. Le premier étage se compose, comme le rez-le-chaussée, d'une seule pièce. C'est une salle portant encore des traces de décorations et qui communique avec les quatre tourelles. Sur l'un des côtés de cette salle correspondant au nord, on remarque une haute cheminée au large manteau. En face s'ouvre une fenêtre jumelle surmontée de deux ogives trèflées et d'une acuité bien prononcée. Le pavé de cette salle se compose d'un assemblage de dalles si bien cimentées qu'elles semblent ne former qu'une seule pièce. Ce pavé, d'une épaisseur de cinquante centimètres environ, est percé à son centre d'une ouverture ou trappe ronde qui a une circonférence de près de trois mètres, et qui servait à mettre le premier étage en communication avec le rez-de-chaussée au moyen d'une échelle.
Le donjon qui s'appelait Turris des Archis, la tour d'Arques, était un véritable fort dans une citadelle : c'était une immense ruche de granit destinée à offrir toutes les conditions d'une résistance efficace contre de nombreux ennemis.
A part le donjon que nous venons de décrire, les autres bâtiments formant bordure au midi et au nord du château n'offrent rien de remarquable au point de vue de l'architecture. Autant qu'on peut en juger par les lambeaux de murailles qui sont encore debout, ces ruines semblent accuser trois époques différentes, ainsi qu'on le remarque pour les vestiges des remparts de Rhedae. Les soubassements de certaines parties pourraient bien être des substructions appartenant à l'antique forteresse wisigothe. La porte d'entrée seule a un caractère déterminé. On remarque sur les restes du fronton circulaire qui la couronne des traces des armoiries de la famille de Voisins, qui se composaient de trois fusées ou losanges.
Après Gilles Il, son fils Gérand ou Guirand agrandit son domaine dans les Corbières, tout en conservant Arques comme chef-lieu de sa seigneurie, et c'était à Arques qu'était le centre de sa juridiction. D'après un dénombrement qui fut fait vers 1340 le nombre de feux était de 263 dans la seigneurie d'Arques et Couisan que possédait alors Guillaume Il de Voisins.
On ne cite rien de remarquable, intéressant la commune d'Arques, sous les successeurs de Guillaume Il de Voisins, lesquels continuèrent d'habiter le château jusqu?au jour où Françoise de Voisins, fille de Jean IV de Voisins et de Paule de Foix-Rabat, épousa Jean de Joyeuse et fixa sa résidence à Couiza.
Dès le commencement du XVIe siècle, la branche des Voisins d'Arques s'éteignit et que la seigneurie passa aux mains de la famille de Joyeuse qui fixa sa résidence à Couiza. A dater de cette époque l'histoire du village d'Arques n'offre rien d'intéressant.